SAALES - CHAUME de LUSSE - SAALES

Chaume de lusse 3

 

 

Le 3 septembre 2011 je suis allé de Saales au village du Climont puis descendu à Lubine et Provenchères pour reprendre le train vers Saales retrouver la voiture en évitant la montée du Col de Saales.

Cette fois, le 20 octobre 2015 j’ai voulu aller plus loin vers le Sud, vers le col de Ste Marie aux Mines. C’est un trajet sur la crête entre Alsace et Lorraine balisé GR 531, ancienne frontière de 1871 à 1918, avec les bornes marquées D ( Deutschland ) souvent martelé et F.

 J’étais déjà passé à pied sur ce chemin en juillet 1991 en allant de Saales au Ballon d’Alsace et descente sur Sewen. Pour ceux qui voudraient  faire cela je donne quelques  indications : départ en train le lundi Molsheim 13h30 vers Saales, dormi sous tente borne 2559, mardi au refuge de Tinfronce au Col du Calvaire, mercredi arrivé à 16 H au refuge du Rainkopf, arrêt prévu mais trop de monde alors j’ai continué après le Col du Bramont, vers le Col de la Vierge ; j’ai campé près du refuge de l’Union indiqué sur la carte dans un coin infesté de moustiques.

Jeudi par le Grand Ventron arrivé à la tombée de la nuit au Ballon d’Alsace, à l’abri de la pluie la nuit tout seul au dortoir de la ferme auberge. Au matin tout était dans le brouillard, descente à Sewen, attendu le bus de 12 H 30 pour Mulhouse, à Mulhouse juste le temps de prendre le billet de train pour Strasbourg et retour Molsheim vers 16 H. 

En fait, cette dernière étape du Col de la Vierge au Ballon d'Alsace par le Grand Ventron, le Col d'Oderen, le Col du Bussang puis le Rouge Gazon et la montée au Ballon d'Alsace avec une tente dans le sac, c'est trop long. D'abord pourquoi passer par le Col de la Vierge?: Parce que faire ce détour me semblait moins fatigant que le GR qui passe tout droit par le Col de Pourri Faing et que je voulais passer la nuit au refuge de l'Union,indiqué sur la carte. Ce n'était qu'une vieille cabane, j'ai préféré monter la tente à côté. Le lendemain matin j'ai marché 2 H pour aller déjeuner ( quand je dis déjeuner, c'est le petit déjeuner des gens du Nord de la France) au Grand Ventron. A 18 H  je suis passé au Rouge Gazon, j'ai trouvé qu'il y avait trop de monde, je me suis un peu reposé et j'ai continué vers le Ballon, pensant camper en chemin. En fait ce GR qui semble tranquille sur la carte ne l'est pas du tout, il monte et descend, passe des éboulis...il n'y a que très peu d'endroits pour camper et en plus j'avais oublié de remplir la gourde. Alors j'ai continué jusqu'au Ballon. Du Rouge Gazon au Ballon compter 3 h de marche et ne pas prendre ce GR pour un parcours VTT relax, à moins d'aimer porter le vélo, et à la fin c'est raide!

En  1991, à pied et avec un sac bien lourd ce GR de Saales vers le Col de Ste Marie m’avait paru plutôt ennuyeux, alors j’ai voulu essayer à vélo.

Départ Saales 10H15, traverser les voies en tournant le dos à la gare, prendre le chemin vers le Sud par 562, 589, 628 en contournant  le Voyemont par le Nord ou par le Sud (X rouge).

A 628 entre le Voyemont et l’Abatteux, deux buttes de grès posées sur le socle, il y a un beau banc de grès rose et gris et aussi un banc ( disparu cette année 2016), le sentier monte à gauche et passe au Nord de l’Abatteux vers le Climont. On peut passer par là, je suis plutôt descendu tout droit par un large chemin  plein d’herbes, il est sur la carte au 1: 25000 de Ste Marie aux Mines et sur la carte Club Vosgien au 1: 50000 il est indiqué  bien large. En fait, dans le bois, il devient un sentier étroit. Une fois j’ai même fait  demi - tour mais cette fois en continuant et en montant à gauche j’ai retrouvé une route forestière qui va vers le village du Climont. Sans monter un moment  à gauche on passe près d’un petit étang, on voit un petit abri à gauche et on trouve la R F du Climont, on monte à 594 et 612.

 Bien sûr on peut revenir à Saales en faisant le tour du secteur du Hang par 615, 662, 631 si l’on veut  faire juste un petit tour. Mais là à 612, on va plus loin vers le Col d’Urbeis par la D 214 plutôt que par le GR qui monte par un beau chemin en forêt mais descend derrière très étroit et très raide le long de l’ancienne frontière. Après on prend  la R F du Perry, ça monte ! Ce jour là je ne voulais pas trop me fatiguer, alors j’ai poussé assez longtemps ( je pédale avec des baskets, cela  permet de bien marcher). La suite dans les feuilles mortes de cet automne très sec : Col de la Hingrie où il est écrit : Col de Ste Marie 10 km, Croix Surmely, Col de Ralaine, Chaume de Lusse à 838 m d’altitude. Là arrivait un téléphérique allemand pour ravitailler le front. On s’est battu sur cette crête, surtout en 1915. On peut visiter les vestiges des fortifications du côté du col de Ste Marie et les traces des combats à la Tête du Violu où la guerre des mines a fait rage. A la Chaume de Lusse il y a de beaux hêtres qui ont sans doute connu ces combats.  

 

       Chaume de Lusse            .Chaume de lusse 2

Une fois là, j’ai renoncé  à poursuivre jusqu’au col de Ste Marie, le G R me semblant trop raide pour le vélo, j’ai cherché à rejoindre une gare de la vallée. Par 853 et la R F des Navelières qui descend  régulièrement, je suis arrivé à 681 sur la route du Col de St Marie à 15 h 50 ( parti à 10 H 15 de Saales). La descente est sans  intérêt et la gare de Raves- Ban de Laveline est dans  un triste état. De plus sur les fiches horaires Strasbourg- St Dié cette gare ne figure pas, ni celle de Provenchères. J’ai continué  par la route vers Provenchères, c’est tout droit, on peut  rouler sur le côté, mais c’est pas agréable, les véhicules, bus, camions filent à toute allure. On m’a même dit à Raves que c’est une voie rapide interdite aux vélos. En fait, renseignement pris après coup auprès de la gendarmerie, on peut circuler à vélo, mais on m’a conseillé de passer par la D 420 (Neuvilliers sur Fave…). A la gare de Provenchères c’était encore trop tôt pour prendre le train vers Saales alors retour jusqu’au bout par la route. Le Col de Saales se monte bien à vélo, le problème c’est la circulation et en particulier les camions qui se lancent à l’assaut. Même derrière une voiture certains talonnent avec appels de phares et parfois klaxon. En fait on peut éviter la grande route et à 432 au premier virage de la montée aller à gauche vers la Bonne Fontaine, la Grande Fosse. A 466 on monte à droite vers Saales. J’étais à la gare à 17 h 10, un train partait  juste vers Strasbourg.

Bilan de ce tour : cela permet de découvrir cette région qui fut un champ de bataille en 14-18, mais la descente et le retour sont à revoir. La prochaine fois je descendrai sur Colroy- la- Grande depuis la Chaume de Lusse ou avant depuis le Col de Ralaine en passant côté Nord du bassin de Lusse. 

En passant à la ferme Caroline sous le Climont, ayons une  pensée pour la famille Hung : Pierre et Henri Hung et leur père avaient organisé de 1941 au 14 octobre 44 une filière d’évasion avec leur oncle Pierre Depp, habitant lui aussi une ferme du Hang. Les évadés des camps allemands étaient conduits de l’autre côté de la frontière à la ferme Idoux, dite du Pré aux Chênes, commune de Lubine . J’ai cherché en vain cette ferme sur la carte, elle a été dynamitée par les Allemands et n’existe plus. Le réseau fut démantelé par la Gestapo sur dénonciation et tous ne reviendront pas des camps allemands. Un article de Jean-Claude DECAUX relate l’histoire de cette filière dans l’Essor de septembre 1995. On le trouve reproduit sur internet parmi d’autres témoignages sur la résistance dans la vallée de la Bruche: «  du côté alsacien résistance et déportation dans la vallée de la Bruche 93 p » en tapant  par ex " François  Idoux,  ferme du Pré aux Chênes".

La vallée de la Bruche avant 1871 faisait partie du département des Vosges à partir de Wisches. C’était une vallée francophone avec un dialecte roman à partir de Wisches jusqu’au Col de Saales, que les Allemands s’efforçaient de germaniser comme le reste de l’Alsace. Une solution envisagée était de déporter les habitants loin vers l’Est ( Silésie) et de les remplacer par de vrais Allemands, mais la guerre n’a pas laissé le temps aux Nazis de réaliser cela. Les enfants francophones de ces villages ont fait leur scolarité en 1940-45 avec des instituteurs allemands. J'ai un petit manuel d'histoire de cette période (Geschichte des deutschen Volkes für die deutsche Jugend, Verlag Emil Roth Giessen). il appartenait  à un certain Renatus Fischer et a été trouvé dans un grenier par un couvreur vosgien. Mon voisin me dit: " c'est ce genre de bouquin qu'on avait en classe pendant la guerre"-  " et vous avez fait quoi après ? "-" on les a brûlés!" Cet exemplaire  a été sauvé de l'oubli. En préambule il y a un texte de Stein qui dit qu'il faut être prêt à offrir sa vie et ses biens en sacrifice pour la liberté et l'indépendance de la patrie et pour résister aux ennemis qui menaceraient ces deux valeurs. En couverture trois têtes de guerriers casqués annoncent la couleur. On racontait aux petits Allemands et assimilés que les progrès de la civilisation européenne ne sont pas venus de l'Est, mais que nous devons tout aux Germains. Depuis le nord de l'Allemagne leur influence bénéfique s'est étendue dans toute l'Europe et jusqu'en Grèce, en Perse ..." Ainsi on peut dire avec raison que les gens de la blonde race nordique ont été pour beaucoup de pays de la terre les grands porteurs de la culture. L'empire perse, l'empire mondial d'Alexandre le Grand, le puissant empire romain, tous sont des créations de la force d'action nordique, du sang nordique etc "... " d'ailleurs dans les légendes européennes les héros sont grands et blonds, dans la bible on parle de géants blonds, on pense au Géant Golath dans les rangs des Philistins, les migrations des peuples du Nord ont aussi atteint l'Egypte et même la Chine. Le symbole des indoeuropéens ( appelés ainsi parce que l'influence de la race nordique s'est étendue jusqu'en Inde) était la roue solaire que le Führer a choisie comme symbole pour la nouvelle Allemagne." En conclusion l'auteur dit: " vous vous posez peut être la question : pourquoi ces vieux empires indogermaniques ont-ils disparu"?

réponse: "parce que les seigneurs de race nordique se sont mélangés petit à petit avec les peuples soumis, le sang nordique de la classe dirigeante peu nombreuse s'est abâtardi dans le flot de sang des races étrangères et aussi parce que les familles nobles n'ont pas voulu avoir  trop d'enfants. Ainsi elles ont trahi leur sang et il est juste, comme châtiment, qu'elles aient été condamnées à disparaître... c'est pourquoi nous devons conserver notre sang allemand  pur et devenir un peuple avec beaucoup de descendants."

Dans cet ouvrage de morale guerrière et raciste il y a quand même des questions sans réponses:" comment est apparue cette race nordique, d'où sort-elle?- les chercheurs n'ont pas encore donné la réponse, elle descend sans doute des hommes du loess ( Aurignaciens)  et des chasseurs de rennes ( hommes de Cro-magnon) , la couleur de la peau, des cheveux et des yeux montre que cette race  s'est formée sous un climat nordique et frais...Les chasseurs de rennes étaient souvent très grands ( 2 mètres) et solidement bâtis, les hommes du loess par contre plus petits et minces, les deux races étaient dolicocéphales..."

autre question en suspens: "d'où sont venus les hommes de Néandertal? - on ne sait pas très bien, certains pensent qu'ils sont venus d'Afrique" et aussi un regret:  " si l'on a bien trouvé en Allemagne des os gravés avec des figures animales, malheureusement on n'a pas encore découvert des peintures rupestres comme on en trouve dans les grottes de France et d'Espagne". Dommage pour les Nazis que la Dordogne ne soit pas en Westphalie!  

à la fin on présente , photos à l'appui, "les cinq races  principales d'Allemagne": en haut de la page, Nordisch (  des gens élancés , dolicocéphales, blonds aux yeux bleus, au visage étroit avec un nez étroit droit ou courbé vers l'extérieur ( je pense, plutôt busqué), la peau rose),

Fälisch ( de Westphalie, comme la race nordique mais plus carrés de stature, avec un crâne qui n'était pas toujours dolicocéphale -( il faut aussi penser à caser des gens comme Hindenburg qui était sur les pièces de monnaie))-  un nez plus petit que pour la race nordique, des yeux bleux ou gris des cheveux blonds, la peau rose),

  Dinarisch (  de grande taille, élancée, avec un crâne court , qui ne dépasse pas derrière le cou, un visage mince, un nez très marqué et courbé vers le bas, des yeux et des cheveux sombres, une peau brunâtre),

Ostich ( de taille moyenne, trapus, un crâne rond, un visage large, un nez petit et retroussé, "tourné vers l'intérieur", des yeux et des cheveux sombres, une peau d'un brun jaunâtre), enfin en bas de page Westisch ( des gens petits, minces, au crâne allongé, au visage étoit, au nez droit et étroit, aux yeux et cheveux sombres, à la peau brunâtre).

C'est ce qu'on a fait ingurgiter aux enfants d'Alsace et de Moselle, régions annexées par les Allemands de  1940 à 1945, avec interdiction de parler français. C'était particulièrement difficile de changer ainsi de langue d'un jour à l'autre à la rentrée des classes en automne 40 pour les enfants de la vallée de la Bruche francophone en amont de Lutzelhouse, " 4 années de foutues", 3 h de classe le matin seulement. A la Libération beaucoup de jeunes Alsaciens ne savaient plus parler français: à l'école on parlait allemand, à la maison alsacien ou vosgien, d'où un gros handicap pour des métiers non manuels par rapport aux jeunes "de l'intétieur".

 Les habitants de la vallée de la Bruche ont résisté comme ils ont pu  à cette politique de germanisation forcée: Je relève dans ces pages sur internet ces lignes sur Wisches : « près de 50 habitants sont partis après 1940 pour ne pas servir l’ennemi abhorré, plus de 36 parmi ceux-ci ont bien servi la cause de la libération, soit en s’engageant dans l’armée dès 1941 ou après, soit en combattant dans les rangs des  FFI ( maquisards), témoins les quatre suivants, morts en héros au maquis de la Haute –Saône… ». « Michel Ferry de la Claquette a passé ( c'est à dire fait passer de l'Alsace annexée vers l'autre côté des Vosges)  plus de 978 personnes ( des prisonniers français, belges, polonais…) avec l’aide de René Stouvenel, garagiste à Wisches. Charlotte Receveur allait  à la demande des familles en train en Allemagne dans les stalag jusqu’à Berlin et au delà chercher des prisonniers et les ramenait munis de faux papiers… ».

A partir d'ici, j'ai tapé des lignes et des lignes sur l'histoire et la géographie dont la  place sera à  réorganiser, ne vous étonnez pas si cela fait un peu désordre. ce n'est pas inintéressant pour autant.

A propos de Saales voir sur internet les informations détaillées sur cette localité, j’en tire quelques lignes: Saales qui s’appelait salis en 1040 est sur la route du sel qui allait du Saulnois en Lorraine (voir Marsal et le Musée du Sel) par Moyenmoutier, Ban de Sapt, Saales, le Val de Villé vers Ebersmunster près de Sélestat et plus loin vers la Suisse. Cette via salinaria  empruntait entre Moyenmoutier et Saales une ancienne voie romaine qui est bien figurée sur les cartes IGN. Elle arrivait à Saales par les Quatre bornes et la route qui descend près du VVF.

 A Saales on a exploité des mines de fer le long de la faille Saales- Champenay. Déjà au I° siècle au Sapin Dessus, aux XVI° et XVII° siècles des mines sont exploitées par le Comte Georges-Jean de Veldenz d’une famille protestante, à qui le gouvernement suédois a attribué le baillage de Villé dont Saales fait partie. Aux XVIII et XIX siècles les mines de Saales furent exploitées par les maîtres de forges de Rothau. Les  mines ont  fermé en 1809. Il existe des galeries de mines dans les grès sous le Centre Médical de Saales. Fin XVIII° les montagnes au dessus de Saales ( dont l’une s’appelle le Hareng, rien à voir avec le poisson en caque, autrefois orthographié haran = haut rain, rain désignant un mont bombé) étaient dénudées pour fournir du charbon de bois et des poteaux de mines à l’industrie, l’érosion sur les pentes était très forte, jusqu’à 1 à 2 m d’alluvions se déposaient dans les secteurs bas. La gare a ainsi été construite en 1890 sur un réseau de pilotis. A partir de 1825 et surtout de  1860 on a reboisé les hauteurs en pins puis en sapins.    

J’ajoute quelques lignes sur la guerre de 14- 18 dans le secteur : cet été 2015 j’ai fait un petit séjour dans le Tarn, dans sa partie reculée aux confins de l’Aveyron et de l’Hérault, les Monts de Lacaune, région où étaient envoyés les jeunes instituteurs et institutrices en début de carrière dans des hameaux isolés l’hiver par la neige avec peu d’élèves, moins de 10 parfois, des logements de fonction très sommaires dont l’un n’avait même pas l’électricité !, juste une bicyclette pour les déplacements et des rats comme compagnons. Je me souviens de collègues instit de mes parents qui racontaient comment ils avaient dormi la veille de leur mariage avec la miche de pain destinée au repas de noces du lendemain placée sous la couverture du lit par peur de la voir dévorée par les rats! Un livre de témoignages existe sur la vie des enseignants de cette période juste après la guerre de 1939-45: « Les Hussards Verts de la République » par Gaston-louis MARCHAL, ancien instituteur, décédé en 2015, président de la Société Culturelle du Pays Castrais, qui a édité en 1994 cet ouvrage épuisé depuis.

Cette région est connue pour sa charcuterie, la qualité de ses eaux. Lacaune fut une station thermale sa fontaine des Pissaïres en témoigne. Non loin de là il y a l’eau des Monts Roucous et l’eau de la Salvetat. Cette région a fourni beaucoup de soldats de la guerre de 14-18 et certains ont combattu et sont morts dans le secteur de Lusse, du Violu. Ils sont enterrés au cimetière militaire de Bertrimoutier : Jean Paul Marty de Murat sur Vèbre issu d’une fratrie de six enfants tué par l’explosion d’une bombe à la Tête du Violu le 18 février 1915, en même temps que Joseph Sèbe de Boissezon, déclaré mort au Col de la Cude  près de Québrux, lui aussi  issu d’une famille nombreuse de huit enfants. Célestin Louis Salles de Murat sur Vèbre, là aussi huit enfants, tué le 15 novembre 14  dans le secteur de la Tête du Violu. Léopold Sabatier de Lacaune dont le père a eu également huit enfants de deux mariages, disparu le 13 mai 1915 à Lesseux. « C’est  un village qui est le siège de combats importants. Les troupes sont stabilisées sur les hauteurs du village: Les Allemands au nord-est ( cote 607) et les Français ( le Chapis) au sud-ouest ». je tire ces renseignements sur  les soldats des Monts de Lacaune de deux ouvrages du Centre de Recherches du Patrimoine de Rieumontagné : « les soldats de Lacaune tombés pendant la Grande Guerre » de Dominique CALAS et « Aux enfants de Murat ( sur Vèbre) morts pour la France en 1914-18 »par André Roque, Christophe EDO et Alain SALLES. C’est un travail remarquable avec pour chaque soldat des documents fournis par sa famille, des renseignements sur la situation militaire de ces soldats et sur les combats qui ont causé leur perte. Ce centre a publié aussi d’autres numéros sur la période de la guerre 1939-45 dont  je parlerai plus loin.

A Bertrimoutier sont enterrés 953 soldats français, 6749 Allemands, 12 Russes et un Roumain inconnu. Sauf erreur de ma part ce cimetière n’est pas signalé sur la grande route qui passe à côté. Après les offensives et contre- offensives de 1914 le front s’était stabilisé là. Il traversait cette vallée de la Fave vers le Spitzenberg, l’Ormont, la Fontenelle, puis entre Senones et Moyenmoutier, vers la Chapelotte…

On peut  parcourir le sentier de mémoire très intéressant du Mont d’Ormont, voir le site de la Fontenelle, le col de la Chapelotte où la guerre des mines faisait rage avec parfois des puits de plus de 100 m de profondeur, le musée de la Ménelle près de Celles-sur-Plaine... Sur la crête très étroite au dessus de Senones les combattants étaient très proches les uns des autres : les Allemands ont tenu durant toute la guerre le carrefour des Quatre Bancs qui s’appelait alors les Quatre Sapins et s’accrochaient  à la Roche Mère Henry d’où les Français ( des Corses en particulier) venus par la crête du côté de Moyenmoutier et du Mont Pelé essayaient de les déloger par des tunnels minés et autres attaques héroïques.

On s’est beaucoup battu au Ban de Sapt, au Spitzenberg, à la Montagne d’Ormont. Dans un ouvrage récent, « la Grande Guerre vue de Barr », un historien de Barr, René BACHELET, fait une relation détaillée de ces combats à St Blaise ( 14 août ), au Muckenbach au dessus de Grendelbruch ( 17 , 18, 19 août ), au Spitzenberg en septembre 14.

Pour la Chapelotte il existe à la  bibliothèque de St Dié un gros ouvrage de Jacques BOURQUIN, Jean- Claude FOMBARON, Yann PROUILLET : la Chapelotte 1914-18.

Je rajoute encore quelques lignes sur la situation de la région pendant la guerre de 14-18 :

Premiers combats le 10 août Provenchères et repli des Allemands du 99°régiment de réserve d’infanterie allemand constitué pour la plupart par des pères de famille alsaciens. Les pertes allemandes se montent à 120 morts et plusieurs centaines de blessés. Les Allemands se replient dans la vallée de la Bruche et  prennent position  sur la hauteur de Plaine ( ne pas confondre le village de Plaine en amont de Schirmeck avec la vallée de la Plaine, une rivière, côté lorrain du Donon) pour barrer la route aux Français, ils creusent des tranchées et des trous individuels. Le 14 août attaque française soutenue par l’artillerie, les Allemands résistent  puis « les mouchoirs blancs, qui dès les premières heures de la matinée étaient agités de-ci  de-là, submergent les tranchées allemandes comme des papillons ». Quelques centaines de soldats se rendent, ces soldats alsaciens du 99° RIR qui n’avaient pas envie de mourir pour le Kaiser, seront acheminés à St Rambert sur Loire et installés dans le collège. Quant au drapeau du régiment il fut caché dans le foin ( ou, autre version, sous des fagots)  de la ferme de la Niargoutte près de Diespach. Retrouvé à l’aube du 15 août par les Chasseurs à pied, il sera exposé 3 jours après à une fenêtre du ministère de la Guerre rue St Dominique à Paris et déposé aux Invalides. Je tire ces notes du n° spécial  des Saisons d’Alsace «la Grande Guerre en Alsace » de nov 2013.

Au sujet de la bataille du Muckenbach au dessus de Grendelbruch, village dominé  par le cimetière militaire) : les troupes françaises descendant la vallée de la Bruche après les combats victorieux  de St Blaise ont essayé d’éviter les tirs de la forteresse de Mutzig en passant au dessus de Russ et de Grendelbruch. Le Fort de Mutzig pouvait tirer jusqu’à Urmatt. Le 18 août 1914 les canons du fort ont tiré 291 obus pendant 20 mn ( autre version : pendant une heure de 15 h 30 à 16 h30) en direction d’Urmatt, « suite à de faux renseignements faisant croire que les Français seraient déjà arrivés jusqu’à Urmatt , 9 de ces obus sont tombés sur le village, l’église, l’école de  garçons et des  maisons privées  subirent quelques dégâts. Heureusement il n’y eut pas  de victimes car les gens étaient réfugiés dans les caves. Les boules en grès  sur les escaliers de l’école de garçons et sur celui du centre de secours symbolisent ces obus de grès»  ( lignes tirées d’un article d’Odette SCHNEIDER-BINDEL dans l’Essor de septembre 1996 où elle évoque  aussi les bonnes relations entre les habitants d’Urmatt et les soldats allemands réservistes,« les Dillingen», cantonnés après  1916 chez l’habitant et qui étaient chargés de construire des bunkers et des tranchées autour d’Urmatt.

 La présence du Fort de Mutzig a forcé les Français à ne pas s’engager en aval de Wisches. En août 14 ce n’était pas pour les Allemands le moment de lésiner sur les moyens à employer, il eut suffi de moins de projectiles, mais c’était  pour que chaque batterie ait droit à citation et gratification ( voir dans la revue les Vosges du C.V. 3/2014 l’article de Bernard BOUR qui se consacre depuis des années à  la sauvegarde et aux visites du Fort de Mutzig et est l’auteur d’un ouvrage sur cette forteresse, la plus grande de l’Empire allemand à l’époque).

 Sur la bataille de Muckenbach: on en trouve un récit très détaillé dans l’ouvrage de René BACHELET: « la Grande Guerre vue de Barr».   

Il y a dans le n° spécial de nov 2013 de Saisons d’Alsace pour le centenaire de la guerre de 14-18 une interview d’un « universitaire et poète », Hedi Kaddour , auteur de Waltenberg (Gallimard) dont  je cite ce passage p 126 édifiant et insultant pour les piou- piou et leurs adversaires : « En me documentant, j’ai réalisé qu’il s’agit aussi d’une « guerre des poivrots »: ce conflit était un exercice de soulographie, marquée ( avec un e ?) par une grande libéralité en matière de consommation alcoolique - elle s’élevait en moyenne à quatre litres de vin par jour, sans compter la gnôle». J’avais plutôt entendu dire deux litres par jour, ce qui est déjà beaucoup et ne devait pas être le cas pour les combattants terrés dans les tranchées de première ligne sur les pentes du Violu et ailleurs, difficiles  à ravitailler dans la boue et la neige. De toute façon cela ne concernait pas les soldats allemands. Mon grand- père paternel qui est parti du Tarn à 17 ou 18 ans du côté de Verdun conduire des attelages dans l’artillerie puis des camions et qui ne nous a rien raconté de la guerre, disait des soldats allemands sans animosité : « ils étaient comme nous » c.à.d. dans la même misère. Mon grand- père maternel très francophile et qui a servi comme alsacien sous l’uniforme du Kaiser en montrant si peu d’aptitude pour ramper dans la boue du côté de Thorn sur la Vistule qu’il fut considéré comme inapte au combat et muté dans les bureaux du ministère de la guerre, section aviation à Berlin, disait « les Français avaient un avantage sur nous, ils avaient du vin », mais sans doute pas autant que le dit Hédi Kadour.l

Retour au 14 août : Les troupes françaises s’emparent des Donons prenant les Allemands par surprise mais la défaite de Morhange du 19 et 20 août et la  reprise par les Allemands des Donons entraînent leur retraite au soir du 21 par la Vallée de la Plaine. Les Français étaient retranchés au Col entre les Donons, les Allemands ont repris  le Petit Donon le 20 août où ils creusent des tranchées et posent des fils de fer. Les chasseurs français  ont essayé de les déloger « le 21 août à 4 h15, le commandant Rauch reçoit du général Barbade l’ordre d’attaquer le Petit Donon sous une grêle de balles qui au début passent au dessus de leurs têtes… Avec un entrain superbe, le 21° enlève les premières tranchées qui sont pleines de blessés et de morts allemands. Mais le Petit Donon est une forteresse formidable. Les pentes escarpées, couvertes de rochers arrêteraient tous autres soldats que nos chasseurs… A l’abri des rochers et des tranchées creusées pendant la nuit, les tirailleurs ennemis rectifient leur  tir. Les pertes sont lourdes…Les Allemands contre-attaquent alors… S’entêter serait folie… ordre est donné alors de battre en retraite… Ce qui a permis la retraite, il faut  le signaler, c’est la belle défense du débouché de la route d’Abreschwiller. 114 Français sont tombés au Petit Donon, 94 à la route d’Abreschwiller…Les pertes allemandes étaient sensiblement égales ». Ces lignes sont tirés du n° 141 de l’Essor de décembre 1988, article d’Arnold KIENTZLER d’après Louis SADOUL, « La Guerre dans les Vosges, le Donon, la Chipotte, Raon l’Etape, la Chapelotte » Nancy 1922. Dans ce n° de l’Essor il y une reproduction d’une carte postale allemande oblitérée 1915 qui donne une fausse idée du combat : les Français y sont figurés retranchés en haut du Petit Donon et les Allemands montent à l’assaut. Ou bien s’agit-il de la prise du Petit Donon au soir du 20 août ? C’était plus glorieux  pour les Allemands de montrer leurs soldats monter à l’assaut, il est imprimé  sur la carte « Erstürmung des Kleinen Donon ».

Les Français font retraite par la vallée de la Plaine, les Allemands les poursuivent incendient 63 maisons sur les 125 de Vexaincourt, fusillent 3 maires, 2 curés et un autre habitant de la vallée. lls entrent à St Dié et s’enfoncent vers Epinal et Nancy par la trouée de Charmes. Ils seront arrêtés par de Castelnau à la bataille des quatre vallées ( Moselle, Euron,Mortagne,Meurthe) du 25 au 26 août ou bataille de la Mortagne ( 24 août- 11 septembre), au Col de la Chipotte (du 25 août au 12 septembre). Obligés de prélever des troupes( deux corps d’armée) pour contrer l’avancée des Russes en Prusse orientale, et aussi pour la bataille de la Marne et la course à la mer, les Allemands abandonnent leur attaque sur Nancy où Guillaume II s’apprêtait  à défiler, ils se retirent de St Dié après 15 jours d’occupation et se replient alors dans la vallée de la Plaine sur Bionville et Allarmont en amont de Celles sur Plaine qui restera française ainsi que Badonviller. Ils fortifient le secteur du Donon pour contrer une nouvelle offensive des Français, offensive qui n’aura pas lieu dans ce secteur. 

La guerre est  l’occasion de découvrir la fourberie de l’espèce humaine, les Belges au lieu de laisser passer tranquillement les Allemands se révèlent « grässlich » ( affreux, atroces) , « Hoffentlich werden die graesslichen Belgier ordentlich verhauen. Die haben sich wilder als Wilde benommen, immer aus dem Hinterhalt geschossen, die Verwundeten schrecklich misshandelt und ermordet, einfach entsetzlich!” ( Il faut espérer que les Belges vont être rossés comme il faut. Ils se sont montrés plus sauvages que des bêtes sauvages, ils ont toujours tiré par derrière, maltraité et tué les blessés, c’est tout simplement épouvantable ! »  ou «  Die letzten Zeitungen bringen schreckliche Nachrichten über die Grausamkeiten, welche die rohe gemeine Bevölkerung von Belgien begeht. Das sind ja reine Bestien”  ( les derniers journaux donnent des nouvelles effrayantes des horreurs que commet le peuple brutal des Belges. Ce sont vraiment des bêtes ). En fait roh c’est sauvage, inculte, grossier, brutal. Ces deux écrits sont du 15 août 14, le premier d’une jeune fille allemande de 16 ans de Kassel qui tient un journal, le second d’un colonel à la retraite né en Silésie dont la famille ne souhaite pas voir cité le nom dans ce recueil «  Verborgene Chronik 1914 » de Lisbeth Exner et Herbert Kapfer ( ed  Galiani  Berlin 2014). Deux de ses trois fils servent dans la cavalerie et il se reproche de ne pas leur avoir déjà envoyé le 91°psaume qui sert de talisman dans sa famille. Cela revient souvent dans les lettres citées dans cet ouvrage : l’appel à l’aide de dieu dans une guerre «injuste et sans fondement », et les remerciements : « Que Dieu soit loué, avec son aide le Général von Mackensen a réussi près de Lodz et Lowicz à prendre aux Russes 40000 hommes, 40 canons, 156 mitrailleuses, 160 voitures de munitions ». Ce général traite les Français de « Lumpen Franzosen » ( canailles, va nus pieds), l’Angleterre de nation fourbe à détruire « sinon il n’y aura pas de repos sur cette terre ».

 Le 15 septembre 1914 ce colonel va entendre la messe dominicale et se réjouit de la victoire allemande sur les Russes, il a la bonne solution pour s’occuper des prisonniers : « 10000 prisonniers russes. .. à voir le petit nombre de prisonniers j’en conclus qu’on en tue davantage. Que devons nous faire avec les masses, nous avons déjà 200000 Schweinehunde ( des chiens cochons = des salauds) à nourrir. On me dit qu’à Posen l’ordre est de fusiller tous les cosaques, cet ordre m’a beaucoup réjoui, vraiment une mesure raisonnable ( sensée…). » Il y a aussi une méthode naturelle pour éliminer les prisonniers : la cryo-thanatie. Ainsi mon  grand-père mulhousien m’a raconté un jour que du côté de Cernay les Allemands voulant faire la fête un soir de Noël ( ou de Nouvel An ?) se sont installés dans une grange occupée par des prisonniers roumains : « les Roumains, on les met dehors, on fait notre fête et après on les rentre ! » Mais après la fête ils étaient tous gelés dehors, ils sont enterrés au cimetière de …" et ma grand mère qui disait tristement  'ja, ja ..."; Cette méthode aurait été utilisée par les Allemands pour éliminer des prisonniers russes de la seconde guerre mondiale, si j'ai bonne mémoire Malaparte dit dans" Kaputt "que des prisonniers russes étaient placés sur des wagons découverts et trimballés la nuit dans le froid, au matin il ne restait plus qu’à décharger des cadavres.

Quant aux Belges en 1914 leurs villages sont brûlés et rasés par les Pionniers au moindre signe de résistance et des otages sont fusillés. Ainsi Louvain fut incendiée et pillée, 210 civils furent tués.

Les Français se lancent bravement  à l’attaque,  le 14 août ils avancent «brillamment »  en Lorraine vers Sarrebruck mais ne dépassent pas Sarrebourg et Dieuze, ils sont décimés sur ce terrain d’exercice de l’armée allemande à la bataille de Sarrebourg et de Morhange le 20 août : «Nous nous heurtons partout à des positions fortifiées à loisir, de caractère semi-permanent , armées de pièces  lourdes tirées des camps retranchés de Strasbourg et de Metz, sur un terrain minutieusement repéré, et nous n’avons pas de matériel assez puissant pour entamer ce front… » dixit  le Gén. Dubail, chef de la  1° armée dans «  la Guerre racontée par nos généraux » ( Paris, Librairie Schwarz) .

Il écrit plus loin : « le 21 août est la date de la perte du Donon, abandonné trop vite et sans motif sérieux. Cette défaillance est suivie de la perte de Ste Marie aux Mines et du col du Bonhomme ». Au sujet des tentatives françaises pour s’emparer de la crête du Linge au dessus de Colmar en 1915, attaques très meurtrières puisqu’il s’agit de gravir une pente raide face à un secteur fortifié, il dit : « l’offensive sur le front Linge-Baerenkopf ne se déclenche cependant que le 20 juillet ; l’ennemi a pu profiter de ce retard pour se renforcer, de sorte que nous sommes rejetés  sur les tranchées de départ »: pas un mot sur les pertes très lourdes.

Revenons en août 14:  Le général de Castelnau, devant la contre attaque allemande, ordonne une retraite générale sur la Meurthe et la Mortagne, il vient de perdre son fils Xavier, sous lieutenant, dans cette bataille, il en perdra encore deux autres en septembre 14 à la bataille de la Marne et en octobre 1915 dans l’Artois. Né à St Affrique en Aveyron il a eu 12 enfants dont six furent soldats ( extrait de « la Guerre racontée par nos Généraux », tome 1 Général  Dubail  librairie Schwarz à Paris) . Dans l’ouvrage cité plus haut, Verborgene Chronik , Richard Walzer décrit le 15 octobre 1914 l’hécatombe des Français à Craonne partis à l’assaut de la hauteur où les attendent les mitrailleurs allemands, les trois vagues d’assaut d’un bataillon de Turcos sont fauchées en à peine une heure, les Allemands n’ont que trois  blessés : « c’était des images horribles de voir des gens qui attaquent, s’écroulent en telles quantités et roulent en sang à terre ».

On peut penser ici aux enfants du futur président de la République Paul Doumer (Président  de 1931 à son assassinat  le 7 mai 1932) : quatre fils morts à la guerre sur 8 enfants. Dans un ouvrage « les Présidents » de Georges et Janine Hémeret ( ISBN 2 85018 376 8 ) on ajoute même un fils de plus parmi les victimes : « il a donné ses cinq fils à la France ».  

Si les Français ont du panache, les Allemands ne jouent pas franc jeu. Ainsi Emile Hinzelin, fervent patriote, auteur de « la Guerre du Droit », ouvrage en 3 volumes préfacé par Paul Deschanel ( alors Président de la Chambre des Députés et qui sera  élu Président de la République en 1920 en battant Clémenceau) écrit p 555 dans le tome 1 publié en 1916 par la librairie Quillet à Paris à propos des combats de Lorraine : « quand l’ennemi croyait un village occupé, il usait de précautions infinies pour aller d’une maison à l’autre. En campagne, il mettait à profit tous les accidents de terrain. On voyait d’abord sur les crêtes poindre les patrouilleurs. Brusquement, les unités se déployaient dès qu’elles arrivaient sur la ligne des faîtes. Les fantassins grisâtres, dont la couleur se confondait avec le sol, se portaient en courant vers la droite et vers la gauche, puis glissaient aussi rapidement que possible sur les pentes pour trouver un abri dans un chemin creux. Venaient ensuite d’autres unités encore qui reproduisaient tous ces mouvements avec une exactitude mécanique. Pas de légèreté. Pas d’ampleur. Pas de bravoure. Un ordre à la fois minutieux et brutal qui s’appliquait à donner la sensation de l’irrésistible. »                                                    

En faisant le bilan de la guerre fin 1915 dans la Guerre du Droit Emile Hinzelin reconnait que la tactique n’a pas suivi l’évolution de l’armement ce qui explique  les lourdes pertes subies par l’armée française ( 360 000 morts en cinq mois en 1914) : «  face à des canons de campagne qui tirent quinze obus à la minute, à des fusils- mitrailleurs qui tirent trois cent coups à la minute et à des mitrailleuses qui tirent six cents coups à la minute la troupe ne peut pas enlever une position comme auparavant où le fusil d’infanterie pouvait tirer au plus dix coups à la  minute et le canon de campagne deux coups ».

Mais le soldat français est selon lui le meilleur au monde et avec l’aide de l’Angleterre qui assure la liberté des mers, l’entrée en guerre de l’Italie et la  production croissante des usines d’armement la France va gagner la guerre.

 Le gén. Dubail donne des chiffres sur l’effort des usines d’armement: « Nous possédions, au début de la guerre , 5100 mitrailleuses, dont 2020 dans les unités de combat, et nos manufactures en produisaient 40 par mois. Or à la fin de 1916, les usines en livraient 70 par jour ».                     

Je reviens sur les soldats de Lacaune et Murat sur Vèbre, souvent notés excellents soldats et enterrés à Bertrimoutier : Clémenceau a dit dans un discours  à la fin de la guerre « nos morts sont les plus grands… » en fait ces soldats n’étaient  pas grands, souvent autour de 1 m 65 et même moins, un homme de 1m 74 faisait alors figure de grand soldat ; ils étaient habitués à une vie rude et  à une nourriture frugale :

                                        « Al dejunar, de trufas ambe de pan

                                           Al dinnar, de trufas

                                           Al gostar, de trufas ambe de pan

                                           Al sopar, de trufas .

Cela, je l’ai relevé dans ces cahiers du Centre de Recherches du Patrimoine de Rieumontagné ; les trufes  ce sont des pommes de terre. Dans le Midi on déjeune le matin, à midi on dîne et le soir on soupe vers 18 h.

Je ne vais pas quitter ce chapitre militaire sans évoquer les travaux de ce Centre des Monts de lacaune sur la guerre de  39-45.

Lacaune, petite ville isolée de 2500 habitants était reliée à Castres par de mauvaises routes et par le petit train qui mettait de 3 à 5 h pour relier ces deux villes distantes de 45 km. Elle fut choisie par le gouvernement de Vichy en janvier 1942 pour être une ville où seront assignés à résidence «des étrangers indésirables », « des individus dont les agissements, l’attitude, la nationalité ou la confession constituent des facteurs de mécontentement ou de malaise dans  la population ». Dans la région de Toulouse  il y avait trois centres régionaux de résidence surveillée des Juifs : Lacaune les Bains ( Tarn), Aulus- les –Bains ( Ariège) et Tournos ( Lot- et – Garonne). On évalue à 648 le nombre de Juifs assignés à résidence à Lacaune entre 1942 et 1944. Ils furent victimes de deux rafles: le 25 août 42, 90 Juifs dont 22 enfants furent déportés par les gendarmes au camp de St Sulpice puis  à Drancy, aucun n’est revenu des camps allemands. Le père de l’auteur de l’ouvrage ci-dessous a fait partie des victimes.

Une seconde rafle  a eu lieu le 20 février 43 en réponse à un attentat commis à Paris contre deux officiers allemands. Deux mille hommes juifs de 16 à 65 ans doivent  être livrés aux Allemands, parmi eux une cinquantaine de Juifs de Lacaune, 29 seront déportés  à Drancy.  Une partie des Juifs de Lacaune a été cachée par les habitants de la région, en particulier par des Protestants. 

Lire le récit poignant de Léa MARKSCHEID, survivante de ces événements : « Le Passé au Présent » édité en 2009 par le Centre de Recherches du Patrimoine de Rieumontagné  81320 NAGES.

Autre n° sur la  période : Kriegsgefangenen : 23 témoignages de prisonniers de guerre des Monts de Lacaune, prisonniers en Allemagne en 1940-45

- et en 2008 : « Des hommes de notre montagne au STO » : une dizaine de témoignages

- et aussi : « Soldats allemands prisonniers ou restés chez nous » : témoignages de  six prisonniers allemands envoyés en 1945 dans les Monts de Lacaune comme dédommagement pour les souffrances subies par la France du fait de l’Allemagne.

Ils sont passés par les camps de prisonniers gardés par des Américains et des Français et ont finalement atterri à Castres à la caserne Drouot infestée de parasites où des gens de la région sont venus  les choisir ( un fut envoyé au camp de Rivesaltes puis au camp du Larzac).

Leur périple dans les camps et à travers la France fut un calvaire, trimbalés sur des wagons ouverts ils ont reçu des pierres, des pots de fleurs… Ils ont souffert de la faim: « chaque jour il y avait 20 morts de dysenterie… » dans un camp au Mans ; « à Rennes dans le plus grand camp américain de France on nous donnait du café très fort avec un bout de pain pour toute la journée. Beaucoup de prisonniers ne se relevaient pas le matin : ils étaient morts.  Après un ou deux mois de ce régime nous n’avions même plus la force de chercher ce café! C’était notre seule nourriture et j’étais descendu à 45 kg !

Cependant les Américains, à la fin de chaque mois, brûlaient devant nous la nourriture arrosée de gasoil que nous n’avions pas eue; les copains qui travaillaient au réfectoire prenaient des conserves et, suivant la quantité volée, s’ils étaient pris, devaient manger devant les gardiens, le double de cette quantité ; de ce fait, ils mourraient de trop manger» : témoignage de Helmut Grossmann.

Aussi , sur ces six prisonniers qui témoignent dans ce n°, quatre sont restés dans la région de Lacaune, heureux de l’accueil qu’ils y ont reçu. Les deux qui sont revenus en Allemagne ont gardé des liens avec leur famille d’accueil. Je peux indiquer ici le cas d’un Allemand qui a servi 2 ou 3 ans après 1945 dans une ferme du Tarn au dessus d’Albi et qui revenait de temps en temps aux vacances avec sa famille revoir ces  paysans en louant une voiture française au passage à Strasbourg pour ne pas circuler dans le Massif Central avec une voiture allemande. 

Il y a une réflexion que l’on entend de temps en temps et que j’ai même entendue prononcer devant des collégiens alsaciens qui avaient remporté un concours sur la Résistance par le Directeur de leur établissement: «et toutes ces guerres entre Français et Allemands, tous ces morts pour rien…, maintenant les Allemands sont nos amis… ». Comment juger ainsi à postériori ? C’est oublier un peu vite les ambitions des Pangermanistes avant 1914 de ramener la France sur la Meuse et de la priver de ses colonies au profit de l’Allemagne, sans parler de la question de l’Alsace-Lorraine et pour la dernière guerre de la monstruosité de l’idéologie nazie.

Je passe de l'Histoire à la Géographie: Pour ceux qui s’intéressent  à l’origine de nos continents je signale l’intérêt majeur de la région de Lalaye- Lubine pour le géologue. On trouve sur internet en tapant ces  noms : « la grande dislocation de Lalaye-Lubine représente un accident  tectonique de très grande ampleur qui affecte l’Europe entière. Les régions qu’elle sépare zone saxothuringienne et zone moldanubienne ) semblent avoir connu une histoire radicalement différente jusqu’à leur  juxtaposition tectonique  à la fin de l’époque hercynienne. C’est un complexe d’écailles large de 2 km par l’intermédiaire desquelles les gneiss d’Urbeis chevauchent les schistes de Villé lesquels sont métamorphisés jusqu’à prendre l’aspect de micaschistes à grenats».

Voir dans le Guide géologique Vosges  -Alsace de Jean-Paul von ELLER ( Masson 1976) l’itinéraire12 pour découvrir au bord de la route les gneiss entre le village du Climont et le Col d’Urbeis : «  immédiatement après la première épingle à cheveux en direction du Col d’Urbeis ( en venant du Climont), un affleurement de gneiss mylonitique rose, moucheté de vert, apparait à droite de la route : c’est la grande écaille ( la troisième) des formations du Climont ». « Plus loin (vers 655 de la carte au 1/25000) on trouve  une deuxième écaille du socle sur le côté droit, un granite mylonitique où des grains de feldspath ont recristallisé lors d’une  phase finale de déformation. Cette écaille est emballée dans une série micaschisteuse que l’on observera dans le talus de la route qui descend vers le col. C’est un micaschiste à grenat… »

 Ainsi, on passe à vélo sans faire attention, là où pour un spécialiste se dévoilent des trésors qui montrent que là se sont heurtés deux continents. Si l’on parcourt le circuit géologique de Barr on lit au panneau n°6 : « il y a 360 millions d’années la plaque continentale saxo-thuringienne plonge sous la plaque méridionale moldodadubienne, c’est le début de la chaîne hercynienne qui va se poursuivre sur 50 millions d’années », avec une chaîne aussi haute que l’actuel Himalaya et dont on retrouve des vestiges aplanis dans les Vosges.

 C’est sur ces gneiss de Ste Marie aux Mines que J.P von Eller a fait une thèse en 1962. Il est aussi l’auteur des relevés de la carte géologique de St Dié au 1/ 50000. Il était musicien, chef de choeur à Strasbourg , à Aix et Orange, compositeur, écrivain, sportif… je l’avais connu comme chef de la chorale universitaire de Strasbourg dans les années 70 et je l’ai revu, vieilli mais toujours musicien et passionné de géologie à Rosheim, pour lui demander conseil dans une petite étude sur la géologie de la région de Molsheim : comment dessiner les formations oligocènes dans le fossé rhénan, etc… il me parlait aussi de sorties à vélo… il est décédé le 1 avril 2014 au cours d’une sortie à vélo à 89 ans. 

A propos de la maison forestière du Grossman ( prononcer avec les s pour les Alsaciens de Lutzelhouse, et Groman, sans les s, pour les Vosgiens à partir de Wisches) lire  l’article de René KOBLOTH dans l’Essor de déc. 1989 sur le couple du garde forestier Robert et Maria DOUVIER qui ont servi de passeurs pendant l’occupation allemande de 1939-45. Robert Douvier qui tentait de sortir de la vallée de la Bruche avec les soldats français par le col du Donon en faisant de nuit une petite visite  à sa femme restée dans sa maison forestière du Grossman , fut arrêté par les Allemands sur la route des Russes. Alors que les Français faisaient retraite en juin 40 du côté d’Urmatt les Allemands étaient déjà sur les hauteurs du Col de l’Engin en occupant le passage du col du Donon. A Urmatt les Français essayèrent de résister, un canon, m’a dit un habitant de la région, a tiré vers la hauteur de la Corrière et l’obus s’est perdu dans les bois. Après un séjour dans un camp de prisonniers à Sarrebourg, Robert Douvier fut réinstallé par les Allemands dans son ancienne affectation sous le contrôle d’un Forstermeister allemand bienveillant. Rappelons ici que pour les nazis les soldats alsaciens prisonniers en mai 1940 étaient considérés comme des Allemands et ne furent pas envoyés dans les camps de prisonniers en Allemagne (sauf quelques récalcitrants qui ont refusé de servir le Fuhrer).

 Au Grossmann le couple a hébergé à maintes reprises des fugitifs avant d’être arrêté et déporté au camp de redressement de Schirmeck la Broque ( dont il ne reste que la maison qui était à l’entrée, voir n° spécial de  l’Essor de déc. 1994, n° 165). Maria y restera de mars à décembre 42 et son mari de mars 42 au 22 novembre 44, où il s’est évadé la nuit avec Albert et Emile, la veille de l’évacuation du camp vers l’Allemagne.   

 

A propos des bornes frontière Corinne Ménétré décrit un circuit dans un article de la revue du Club Vosgien 3/2014 . Elle parle du Col de Schlingoutte, où un monument rappelle la  mort de soldats français le 15 août 1914, et des bornes frontière du col de la Hingrie : « Ces bornes ont été mises en place par les autorités allemandes peu après 1871 pour délimiter la ligne frontière entre l’Allemagne et la France, il y en avait 4056. Elles sont espacées d’environ 60 m, de manière que la borne précédente et la suivante soient visibles. Elles mesuraient 1,10m et coûtaient 30 francs or chacune ».

La vallée de Moussey au Prayé : Quand on descend vers les Chavons en amont de Moussey, on entend la rumeur de la scierie au fond  du vallon, pendant la guerre de 14-18 ce secteur était allemand. Je tire quelques lignes d’un article de Yann PROUILLET dans l’Essor de septembre 1996 :, « une véritable ville de planches s’élevait ici servie par des centaines d’ouvriers de toutes nationalités, principalement prisonniers russes, polonais ou roumains puis italiens et  120 travailleurs français des communes annexées. Là naissent des sciages hydrauliques ( 6 scieries le long du Grand Bras) , ailleurs des commandos de travail destinés à l’exploitation massive et systématique de la forêt. Enfin au col de Prayé même s’est construite une véritable gare de triage remarquablement organisée et fournie en matériel et en personnels ( avec une grande baraque de prisonniers russes en photo dans cet article comme les baraques des Chavons en 1919).

La nouvelle voie ferrée du Col aux Chavons va être inaugurée et le 25 décembre 1916 les Allemands  procèdent  à un essai de charge avec deux locomotives, dix wagons chargés de grumes, ciment, éléments de voie, vivres…le convoi approche certainement  les 100 tonnes alors qu’il ne devrait  pas dépasser les 80 tonnes vu les 15 pour cent de déclivité à l’endroit le plus pentu de la descente de  6500m. Et c’est la catastrophe le convoi prend trop de vitesse et déraille, hommes et machines s’écrasent au fond du ravin ( le récit de Yann Prouillet n’a rien à envier à Emile Zola, on s’y croirait!). il y a des morts et des blessés, combien, cela  n’est pas précisé dans cet article.Ils sont ramenés à Moussey par la rue Mal Placée et rapatriés en Allemagne. Une stèle fut placée fin 1916 sur le lieu de l’accident, à 40 m en amont de la cote 671 de la carte IGN au 1: 25000 du Donon. On y lit les noms de 15 pionniers de la 8°compagnie de construction de chemin de fer de fortification qui ont trouvé ici la mort « pour la patrie». La route actuelle du Prayé a été reconstruite en 1936-37 et ne suit pas  exactement l’ancien tracé de la voie ferrée dont on retrouve des traces ici et là (murets, fondations et murs de soutènement de la station d’entretien et de ravitaillement en eau des locomotives à 50m en aval du refuge du Prayé  notamment…) Il est dit aussi dans cet article qu’« au lieu dit la Sèche basse, on peut encore découvrir les restes de la scierie hydraulique et les soubassements des énormes roues d’entraînement des courroies des scies à lames multiples».

 

 

La Croix Brignon rappelle la mort à cet endroit de Jean- Baptiste BRIGNON, un habitant de Raon –les –Leau abattu par un soldat allemand, Kaufmann soldat au 8° bataillon de chasseurs en garnison à Saverne venu avec un autre soldat épauler le garde forestier de Grandfontaine.

La victime faisait partie d’un groupe de sept chasseurs partis de Luvigny. Dans ce secteur où la frontière est très sinueuse, le groupe serait passé sur le territoire allemand et a été pris pour cible près de la borne frontière 2128. Brignon fut  mortellement touché et un autre français, de Wangen, élève officier de dragons, blessé au genou. Jean-Baptiste Brignon  était ouvrier brasseur à Raon -les –Leau, il avait 39 ans et était père de quatre filles. L’enquête menée par la France sur les circonstances de ce drame a démontré que les victimes étaient bien en territoire français quand elles ont été atteintes. Devant l’émotion suscitée en France par cette affaire les Allemands ont reconnu leur tort et une pension de 50 000 marks fut remise par l’ambassadeur allemand à Paris au ministre français des Affaires Etrangères M. Flourens pour dédommager la famille Brignon. C’était une somme considérable, Brignon touchait à l’époque 84 francs par mois, pas plus de 100 francs si l’on compte le logement qu’il occupait  gratuitement. 50 000 marks est estimé à 62 500 francs par l’auteur de cet article Christian CUNY paru dans l’Essor de septembre 1995, soit 625 fois le salaire mensuel de cet ouvrier. Guillaume II en visite au printemps 1914 à la maison forestière de la Glacimont aurait dit : « à ce prix là, je crois que beaucoup de Françaises donneraient leur mari ». En plus de la croix placée en forêt, un monument commémoratif a été inauguré le 24 septembre 1888, un an après les faits, à l’entrée du cimetière de Raon-les-Leau à l’aide d’une souscription publique organisée par les «Patriotes Français ».

L’ermitage du lac de la Maix  dans l’essor de mars 1989 article de Marc BRIGNON : l’ermite qui vivait  là n’était pas  forcément tout seul : « en 1670 le frère Nicolas Ferry ( déjà ermite en 1666) vit  avec Jean Petit. De même un recensement de  1708 fait remarquer qu’il y a « sur le finage dudit Senones un hermitage appelé Notre dame de la mer où il y a deux hermites, dix huit ans  plus tard frère Paul Thiriet y vit avec Joseph Henry, enfin Claude Florantin reçoit en 1730 la permission de vivre  à la Maix «  en bon solitaire avec un autre ermite ». Le jour de la Trinité le pèlerinage attire à l’époque de Claude Florantin environ deux  mille personnes du Pays de Salm et d’ailleurs.les ermites faisaient des dettes auprès des gens de la région, il faisaient un peu de culture autour de l’ermitage, ils faisaient  leur pain et élevaient des « mouches à miel ». Ils tenaient une buvette lors du pèlerinage.

Le pèlerinage fut supprimé en mai 1758 par Dom Fangé, abbé de Senones en prétextant «  les abus et indécences » commis lors dudit pèlerinage. Il autorise les habitants de Moussey a dépouiller la Chapelle de Notre Dame de la Mer pour construire la nouvelle Chapelle de Moussey. Mais Moussey ne prit que le portail orné « d’un ou deux oeils de bœuf », l’encadrement en pierre de celui-ci et le  mobilier de la chapelle. Moussey hérite de la statue de la Vierge de la chapelle, mais comme le village n’avait pas encore d’église, la statue fut hébergée dans l’église de la Petite Raon, puis dans l’église de Luvigny où elle se trouve encore. Le dernier ermite frère Macaire Mouguet deviendra en 1762 maître d’école à Moussey. L’auteur conclut : «fondé à la fin du XI° siècle, l’ermitage a vécu un peu plus de 650 ans. Celui-ci disparu, la clairière de la Maix va jouir d’une paix qui va durer jusqu’en 1865, date à laquelle la construction d’une nouvelle chapelle sera terminée. L’année suivante, le  pèlerinage sera rétabli, mais plus aucun ermite ne vivra à la Maix ».

La verrerie du HANG dans l’ESSOR  juin 1987 article d’Antoine STENGER :

« La verrerie du Hang, créée par des verriers de Ribeauvillé et de Ronchamp fut construite en 1723. Jusqu’au XVIII° siècle, les verriers étaient en effet très  mobiles, à la recherche de forêts de hêtres pour alimenter leurs fours. le Hang appartenait alors à Jean-Henri d’Anthès ( 1669-1733), fils de Philippe Michel d’Anthès, originaire du Palatinat. Directeur des forges de Belfort, il devint fermier des mines du Ban de la Roche et des forges de Rothau et fonda en 1730, sur l’Ehn, une forge de sabres et d’épées  qui devint Klingenthal et porta le titre de Manufacture Royale d’armes blanches d’Alsace. Il fut  anobli en 1730. La verrerie  fabriquait du verre de table : bouteilles, carafes, gobelets nus ou gravés, verres à pied…Il y avait au Hang  10 familles catholiques vers 1750, des marchands de verre ( Abraham Staub, Melchior Schmidt…). Le verre était vendu à St Dié, Saumur, Angers,Tours, Blois, Rouen, Paris… par «des colporteurs de verres » portant une hotte en L, dont une partie avançait vers  l’avant par dessus la tête. Les verriers étaient  aussi paysans ( 4 vaches en moyenne…)

La verrerie a fermé vers 1771 sans doute faute de bois « les forêts des environs étant totalement dégradées ». Les verriers ont quitté  la clairière du Hang, celle-ci continua de prospérer avec l’arrivée de nombreux fermiers mennonites. Quelques pierres calcinées, des réfractaires glaçurés, des débris de verre garderont sur le terrain le souvenir de l’existence de la verrerie.

 

 

 

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